Drames, larmes, armes

Voici la communauté catholique touchée en plein cœur, en plein chœur. Un frère prêtre, de cette génération qui sert encore et toujours d’âge en âge, a été tué, alors qu’il allait célébrer la messe. Christ a donné sa vie pour nous. Jacques a donné sa vie pour ce monde. Il le faisait par tant de services offerts, tant de liens tissés au quotidien, comme tant d’autres prêtres en paroisses. Il est mort martyr, témoin qu’ « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».
Ce drame nous éprouve une fois de plus. Les terroristes savent manier les symboles et faire de la communication. Ils frappent, lors d’une messe ordinaire dans une paroisse ordinaire si bien que tous nous nous sentons visés. Au jour d’ouverture des JMJ, ils volent la vedette médiatique à la fête de la jeunesse catholique par excellence. On frappe l’homme de paix, investi dans le dialogue inter religieux, on frappe l’homme de Dieu. On blesse la foi la plus profonde. On veut nous pousser à réagir, à « surréagir », à entrer dans la terreur pour nous laisser emporter par la vengeance. En cet été 2016, les attentats se succèdent aux attentats, les drames aux drames. On nous vole le repos mérité, guerre d’usure. Nous voilà plus conscients de ce qui fait le quotidien de tant de peuples, trop ignorés.
Les larmes de l’émotion partagée nous envahissent. Émotion légitime, nécessaire. Nous pensons à Jacques, à sa famille, sa paroisse, le diocèse de Rouen, tous les habitants de St Etienne du Rouvray. C’est tout un réseau d’humanité qui est touché. Nous prions pour eux tous.Flamme
Des proches, des amis font signe au prêtre que je suis. Ils comprennent que nous sommes des cibles. Nous le savions. Nous l’éprouvons. Mais chacun est visé dans ce pays cherchant à conjuguer liberté, égalité, fraternité dans la diversité plurielle et dans la concorde nationale. La peur pourrait nous atteindre, nous gagner, au sens de nous vaincre. Et sans vouloir trop relativiser les événements, nous avons toujours plus de risque en France de mourir d’accidents de la route que d’attentats.

De quelles armes disposons-nous pour lutter ? Ce qui se joue au plan militaire, judiciaire et politique,  je le laisse aux responsables. Citoyen, je pourrais poser des questions, mais ici, comme curé de la paroisse, je porte d’autres questions et convictions.
Il est des armes qui se retournent contre nous et Daesh sait en user dangereusement.
1° arme : émotion et médias. Dans notre société occidentale libre, transparente, sur-médiatisée, l’info circule vite, l’image peut fasciner. Ne nous laissons pas désarmer par notre propre usage des médias. Dans la tyrannie de l’immédiat, nous nous impressionnons nous-mêmes. Les journaux télévisés captent l’émotion des voisins, des proches et risquent de nous enfoncer dans le seul registre émotionnel, là où nos sociétés libres peuvent s’avérer bien vulnérables. Le trouble causé par ces drames suscite de l’émotion qui doit nous inviter à une vraie compassion active, une générosité à se serrer les coudes, mais ne nous laissons pas enfermer dans l’émotionnel.
2° arme : la mouche et l’éléphant. Lu sur internet. Aucune mouche ne peut prétendre briser un magasin de porcelaine. Mais si la mouche agace suffisamment l’éléphant, il pourrait lui, par un faux-mouvement, détruire la porcelaine. La mouche, c’est le terrorisme, la porcelaine, ce sont nos valeurs démocratiques et du vivre ensemble, l’éléphant, c’est nous tous en société française. Ne laissons pas la mouche nous faire sortir de nos gonds, de notre raison.
Les armes à utiliser, Mgr Lebrun les nomme : « pas d’autres que la prière et la fraternité ». La prière qui nous relie à plus grand que nous, qui nous apprend à aimer comme le Père, qui convertit notre colère en engagement pour la Vie. La fraternité, sans cesse à inventer avec nos voisins, avec ceux qui pensent différemment, qui croient autrement.
Nous réalisons qu’il faudra tenir dans la durée, et nous pouvons offrir à notre société un trésor de sagesse, avec d’autres écoles spirituelles, et rester comme disait Mandela « le capitaine de mon âme » refusant de céder à la peur, à l’intimidation, et pourquoi pas nous inspirer du flegme britannique, de la détermination paisible et tenace des voisins d’Outre Manche durant la 2° guerre mondiale. Les vertus chrétiennes de patience, courage, de force, de tempérance, quel bel héritage à partager et à faire fructifier en ce temps !

François Bidaud,
Curé de la paroisse St Hilaire de Fontenay

3 réflexions sur “Drames, larmes, armes

  1. Merci François de nous aider à relativiser ce drame, toi qui es directement concerné.
    L’occasion nous est donnée de dire « bravo » à tous les ministres de l’Eglise pour leur engagement. Témoigner publiquement et quotidiennement de sa foi n’est pas anodin.
    Comme l’a demandé hier le pape François aux jeunes, en citant à la fois Jésus et Jean-Paul II : n’ayons pas peur !

  2. Merci François pour ce blog. Nous sommes tous blessés par ce drame. …Crions ensemble vers Dieu tout ce que nous ressentons.. , c’est notre manière de prier pour trouver la paix!
    « Oui,  » Que ton oreille se fasse attentive, Toi, le Dieu d’Amour, le Dieu de Paix, aux cris de « nos » prières. (Ps 129(130)…
    Fraternellement..

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